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MARIE Trudel
Dimanche 10h25
4 septembre 2005
Salut Christian,
Je me sens une certaine gêne et un peu de honte, à te parler (t’écrire) de mon histoire, je le fais, sur ta demande. Comment s’est arrivé, ce bout de chemin, moi et mon conjoint, avions, je trouve, une vie, plate, je ne travaillais pas, c’est fin de l’année 2004, pas de vie sociale, du tout. Je faisais des choses à la maison, un peu de bricolage, choses domestiques etc.… Mon conjoint, lui, travaillait, pour une drôle de Monsieur, qui n’étais pas toujours correcte avec lui, il travaillait tout le temps. On ne se voyait pas gros. Financièrement, c’étais difficile, c’est comme ça qu’on a perdu le logement. Ma mère est décédée en janvier 2003, 2 mois plus tard, fin mars, il fallait, quitté les lieux. On a déménagé le stock dans un entrepôt et l’on s’est tapé des hôtels, un motel. C’étais assez cher mets-en. Une bonne journée, je me suis dit : je vais m’en aller à l’O.B.M., place d’hébergement pour femme, lui vivait, chez un ami. Au début, rester là-bas, c’était pas évident, je me sentais, dans une sorte de prison. Mais tu t’habitues vite. Moi je regardais beaucoup les bons côtés, t’as un toit sur la tête surtout l’hiver, (fin août 2004, je suis à l’O.B.M.) tu as ton lit (le 223 dans un coin) , des draps propres, une fois semaine.Déjeuner 7h00 a.m. et souper à 16h45 et une douche le soir après souper. Là-bas, t’a des règles à suivre, c’est correct, comme ça, sinon ça serait le free for all là-dedans, oublie ça. J’ai aimé cette vie, à l’O.B.M. quand même, c’est pas juste du négatif, j’ai connu du monde ben tripant, une certaine Jacynthe qui a son logement depuis juillet 2005, bien heureuse pour elle. Jesse, est une femme, que j’ai aimé côtoyer aussi et d’autres personnes.
Bonneau la première fois accompagné de Jesse, ce matin-là elle étais sur un down triste et je lui ai dit : j’y vais avec toé à matin. La misère en pleine face, c’est incroyable de voir ça je vais toujours m’en rappeler. Il y a un respect malgré tout entre eux, ça va te sembler peut-être fou, mais j’ai appris de ces gens de la rue. Certains citoyens dits normals sont plus bas qu’eux autres. J’t’le jure. Il y a des gars là-bas que j’ai considéré comme des frères de rue. Mais pas longtemps, c’est dur, c’est rock and roll. J’ai eu la réalité de cela en pleine face une bonne journée. J’ai mis un stop à ça pour ma sécurité et pour quelqu’un que j’aime ben gros. Il y a quelqu’un , très jaloux qui lui a voulut du mal, physiquement, ça c’est trop. Aucune violence ne peut être toléré après avoir vécu toutes ces journées parfois difficiles, j’ai beaucoup de force morale. Merci mon Dieu…
P.S : Bonneau, cet endroit, ça faisait longtemps que j’en entendais parler, j’y suis allée, j’ai vu.
Beaucoup de courage, mon désir de garder cette certaine FORCE de faire quelque chose de ma vie quelque chose de bien, le bénévolat. Petite parenthèse c’est rock and roll, ici où j’habite mais c’est un 1et demi, temporairement, de trouver un autre logement. Mais on a un toit sur la tête, j’ai fait un peu de popote aujourd’hui ça fait du bien au moral.
Pour rajouter à la vie, à l’O.B.M. pas tout le monde peut rester là, quand le dortoir est plein, tu es une quarantaine de femmes là dedans, ça pleure, cri, chicane, tousse, pet, rote etc.… C’est pas toujours évident. Et aussi, quand tu n’es pas résidente, tu dois traîner tes sacs. J’ai déjà lâché un travail à cause des sacs, j’étais épuisé, j’ai décidé d’arrêter et faire attention à mon p’tit corps endolori, le dos en compote, je trouve, et à l’opinion d’autres personnes, c’est une des choses les plus dures de cette vie, c’est traîner des sacs tous les jours. Pour revenir au bénévolat, ma mère, en faisait beaucoup et par grand respect pour elle, j’en fait et ça me fait du bien et anyway en aidant les autres tu t’aides toi-même. Pour l’instant je m’en sors bien, je garde le moral, je suis heureuse d’avoir ce petit logement, d’avoir la vie que j’ai. Je suis chanceuse, malgré tout. Au mois de mai 2005 en attendant de rester à l’O.B.M., il y a toi, Christian, qui recherche des gens qui vivent l’itinérance et cette vielà. Et Jesse en parlait elle aussi et ça m’a tenté d ’embarquer et je trouve cette expérience valorisante et intéressante. C’est un très beau métier « photographe », et cela, me fait plaisir de travailler ensemble. J’ai appris des choses ur moi et je suis privilégiée. Je te remercie de ta patience et de ta gentillesse aussi. Et ta blonde Sonia en passant est très gentille, et elle t’as bien assisté l’autre fois au parc, avec le gros machin pour l’éclairage, je ne sais pas comment ça s’appelle. Les photos sont bonnes et parlent beaucoup des yeux.
Merci encore Christian
Amitiés à Sonia et Christophe
Au plaisir
Marie
P.S :Je n’ai pas beaucoup parlé de mon conjoint dans tout ça, amis des fois, dans cette vie, surtout à l’O.B.M., lui il travaillais de son bord. Quand on se voyait c’était de courte durée et aussi je suis honnête de te le dire, égoïstement, il y a des journées que je préférais faire mes petites affaires toutes seules. Mais je pensais à lui tous les jours. Il y avait des journées aussi qu’on se voyait pas du tout, c’est comme si nos vies s’étaient séparées d’une certaine façon. C’est difficile à t’expliquer. Il faut le vivre pour le comprendre. On est encore ensemble malgré tout et ça dure depuis 25 ans, C’est pas rien. On est « toff ». Je le dis avec une fierté et c’est bien normal. Surtout quand tu passes à travers des durs moments de la vie avec quelqu’un ou avec quelques-uns. On s’en sort bien et surtout « je lâche pas la patate »
Vivre ça, ça peut arriver à n’importe qui, on est à l’abri de rien. |